Le palais des miroirs ou le phénomène de la réflexion

Psychologie – L’aire du mental – Cahier n° 6

Il contient les conférences que Hazrat Inayat prononça en alternance avec le « Langage Cosmique » pendant l’Ecole d’Eté de 1924. Le Langage Cosmique nous décrit l’univers comme un dôme sous lequel toutes les voix sont conservées et nous entourent. Le monde du mental est un palais de miroirs, un monde de réflexions où toute image que fait notre pensée est reflétée et projetée d’un miroir à un autre. Tout comme ce qui est gravé sur un disque se reproduit, l’image, reflétée dans un miroir et projetée, continue sa vie et devient productif.

« Quand le mental est fort, capable de former une pensée, une image et de les retenir, il peut projeter sa pensée au-delà de toute frontière qui pourrait se dresser devant elle comme un obstacle ». Il est encore dit qu’ « au milieu de ce phénomène de réflexions chacun est exposé à tous les miroirs et rien au monde n’est caché. Ce que l’on ne dit pas se reflète, si bien qu’il n’y a pas de secret. »

Si tel est le phénomène du monde du mental, il est clair qu’il n’y a rien que l’on ne puisse cacher.

« Chaque fois que nous éprouvons un sentiment d’amitié, de bonne volonté envers quelqu’un, ou d’irritation, d’antagonisme, une tendance hostile, nous ne pouvons l’écarter de l’autre. Cela suffit pour comprendre cette vérité primordiale, cette vérité absolue de l’univers entier : que la source est Une, le but est Un, et la multiplicité seulement son voile. »

L’aventure de l’arrivée de l’âme sur la terre, les réflexions qu’elle reçoit dans les sphères des anges et des génies, sa captivité dans le corps d’argile et sa libération finale de la densité de la terre – tout cela l’âme l’amène elle-même.

« Ce qui l’amène est la loi de la réflexion. … On peut comparer l’âme à une chenille, qui d’abord reflète et ensuite devient ce qu’elle a reflété. Elle devient un papillon. … Vous observerez souvent qu’un papillon a la même couleur que ce qui l’entourent, fleurs ou feuilles, tout ce qui se trouve devant elle. Elle devient telle, eIle ne prend pas la couleur et la forme des fleurs avec lesquelles elle n’a pas été en contact. Telle est aussi la condition de l’âme. De tout ce qu’elle touche elle prend les caractéristiques, les couleurs, le parfum. Elle les réfléchit et, avec le temps, devient ce qu’elle reflète. »

Ce que les Soufis appellent tawajoh est la réflexion du maître dans le cœur de son disciple. Et ce qui est appris dans le domaine de la spiritualité par la voie de la réflexion est d’une grande valeur. Une valeur plus grande que tout ce que l’on peut apprendre sous une autre forme. Hazrat Inayat explique,

« Ce que l’on appelle la chaîne des murshids est également un phénomène de réflexions. Une âme reçoit le reflet d’une autre âme, elle le transmet à une autre, et ainsi de suite. Un tel trésor, que l’on ne peut acquérir par la méditation ou l’étude, est acquis grâce à la réflexion. Il est vrai que l’on peut le comprendre par l’étude et que la méditation prépare le cœur à mieux recevoir le reflet, mais le prodigieux effet de la réflexion d’un mental est infiniment plus grand que tout ce que l’on peut atteindre dans le domaine spirituel par des études. »

Gérer les impressions

Afin d’apprendre à recevoir ou à rejeter des impressions, « il faut d’abord faire du cœur un cœur vivant. Il faut le purifier de toute impression indésirable, en le libérant d’idées et croyances figées. Il faut ensuite lui donner une vie, la vie qui est au dedans du cœur même, et qui est amour. Quand le cœur est ainsi préparé, il faut apprendre, par la concentration, comment le focaliser. Ceci afin de recevoir une certaine réflexion. … Si seulement nous pouvons focaliser notre cœur sur Dieu, nous aurons là la réflexion parfaite. Alors nous ne verrons pas l’eau sous la forme d’une goutte, mais sous la forme de l’océan. »

« Quand cette réflexion de Dieu, qui est toute beauté, majesté et excellence, est reflétée en toute plénitude dans un être humain, il est naturellement focalisé sur Dieu, et tout ce qui jaillit du cœur de l’adorateur est amour et lumière, beauté et pouvoir, appartenant à Dieu. C’est pour cette raison que l’on cherche Dieu chez celui qui est conscient de Dieu.

Le procédé que les sages recommandent comme le meilleur pour celui qui cherche la vérité, est de faire d’abord de Dieu l’idéal, et ensuite la réalité. En d’autres termes : commencez par réaliser Dieu et Dieu vous réalisera. Ainsi qu’il est dit dans le Gayan : Faites de Dieu une réalité et Dieu fera de vous la vérité. »