La relaxation mystique ou méditation

Pîr-o-Murshid Inayat Khan - Psychologie

La relaxation mystique et la méditation sont une seule et même chose. Je l’ai appelée relaxation mystique pour rendre le sujet moins compliqué ou plus explicatif. Bien souvent les gens demeurent perplexes devant le terme méditation parce qu’il est employé souvent par nombre de gens qui ont des idées différentes à son sujet. En l’appelant relaxation mystique le sens en devient simple et clair.

D’un point de vue physique il y a le fait que la contraction et l’extension permettent à l’homme d’extérioriser la vitalité interne. La relaxation est la condition contraire. L’énergie est ou bien amenée au plan extérieur, ou bien l’énergie est mise au repos dans sa condition naturelle et normale. Quand quelqu’un soulève un objet pesant, fait quelque chose avec détermination, il amène cette énergie du dedans dans son corps physique ; elle s’exprime à travers ses muscles et ses nerfs. Quand quelqu’un est endormi cette énergie est mise au repos. Cette énergie, ayant de la valeur, étant très précieuse, quand elle est utilisée au-dehors amène des gains extérieurs et quand elle est utilisée au-dedans amène des acquisitions spirituelles.

La méditation est atteinte à travers deux étapes. La première étape est la concentration et la suivante est la contemplation. Après avoir atteint ces deux stades vient le troisième stade qui est la méditation. Ce qui vient après cela est la réalisation.

La concentration

Rien en ce monde ne peut être convenablement mené à bien sans concentration, que ce soit dans les affaires, dans d’autres professions ou dans le travail spirituel. Ceux qui ne peuvent pas avoir de succès dans leurs affaires ou leur profession sont ceux dont la concentration n’est pas bonne. Et pour beaucoup de ceux qui ont réussi dans leur vie, le mystère de leur succès est qu’ils avaient une bonne concentration. Ils peuvent ne pas le savoir. Il y a eu nombre de grands inventeurs qui nous ont amené des choses merveilleuses, et peut-être qu’eux-mêmes ne savaient pas que c’était grâce à leur concentration qu’ils avaient pu inventer ces choses merveilleuses.

Certains sont naturellement nés avec ce don et c’est à cause de ce don qu’ils ont fait un succès de ce qu’ils ont entrepris. Si l’on est artiste, avec l’aide de la concentration l’on peut créer des œuvres magnifiques. Si l’on est scientifique, on peut faire des choses merveilleuses dans la science. Et si l’on est poète, ce sera facile d’écrire de la poésie. Si l’on est mystique, le flot de l’inspiration mystique arrivera. Mais sans concentration, aussi compétente que soit une personne, elle ne pourra pas utiliser au mieux sa compétence, elle ne pourra pas être réellement compétente. C’est par le pouvoir de la concentration qu’elle pourra s’exprimer pleinement.

Les trois aspects de la concentration

La concentration peut être considérée d’un point de vue métaphysique comme ayant trois aspects : la réflexion, la construction, le développement. La première sorte de concentration consiste à refléter tout objet que l’on a mis devant soi. C’est la qualité-miroir du mental qui nous permet de nous concentrer de cette manière. Quelqu’un qui est impressionné par une certaine chose qu’il a vue au dehors et essaie de se concentrer sur elle, la retient dans son mental. En d’autres termes, il focalise son mental sur cet objet dont il est impressionné et son mental se contente de le refléter.

L’autre sorte de concentration est constructive, en d’autres termes, elle consiste à composer. Par exemple, si l’on demandait à un artiste de peindre un tableau fantastique, il créerait mentalement le visage d’un homme avec des cornes de buffle et deux ailes d’oiseau. Le matériau est déjà dans son mental ; il lui faut seulement le rassembler pour créer une certaine forme. Telle est la concentration constructive. C’est visualiser, en d’autres termes, appliquer le mental à produire quelque chose sous la direction de la volonté.

Le troisième aspect de la concentration est l’improvisation. Si l’on demande à un poète d’écrire une poésie sur un bouton de rose, il commencera à improviser. Il y amènera une goutte de rosée et brossera une image de l’aube, il amènera un joli ruisseau et construira un bel arrière-plan. Telle est la troisième sorte de concentration.

Les gens croient bien souvent que se concentrer est fermer les yeux et s’asseoir en silence à l’église, et cela seulement une fois par semaine. Et quand ils le font, ils ne savent pas où s’en va leur mental. Eux-mêmes sont dans l’église, mais ils ne savent pas où est leur mental.

L’amour facilite la concentration

Il y a l’histoire d’un maître qui avait de nombreux disciples s’exerçant sous sa direction. Il leur enseignait la concentration. A chacun il donnait une tâche particulière. Un nouveau disciple arriva, une bonne, simple et innocente espèce d’homme. Les autres pensèrent : « Qu’est-ce que cet homme peut apprendre dans le chemin spirituel ? » Quand le maître lui demanda : « Y a-t-il quelque chose que vous aimez, que vous pouvez appeler votre préférée ? » Il dit : « Oui, il y a une vache à la maison » – « Bien – dit le maître – alors pensez à cette vache. Vous avez ici une cellule, asseyez-vous là et pensez à elle ». Les autres disciples s’assirent dans leurs cellules, fermèrent les yeux pendant cinq ou dix minutes, et puis cela les fatigua et ils s’en allèrent. Cet homme resta assis là à penser très longtemps.

Les autres disciples ne comprenaient pas pourquoi ce nouveau était absent à tous leurs jeux et conversations. Le maître demanda : « Où est le nouvel élève ? Où est-il passé ? » Les élèves répondirent : « Nous ne l’avons jamais vu, à part la première fois où il est venu. » Ils allèrent voir à sa pièce ; ils n’obtinrent aucune réponse, la porte était fermée. Le maître vint et que vit-il ? L’élève était là en train de se concentrer sur l’objet qui lui avait été donné. Le maître l’appela par son nom. Il répondit par un meuglement de vache. « Sortez ! » dit le maître. Il répondit : « Mes cornes sont trop larges pour passer par cette porte » Le maître dit à ses élèves : « Voilà ce qu’on appelle concentration »

L’oubli de soi

La Bible parle de sacrifice de soi. Les gens pensent qu’il s’agit de ne pas manger, de ne pas boire, d’abandonner tout ce qui est beau et bon dans la vie, d’aller quelque part dans la solitude pour ne jamais plus reparaître. C’est une mauvaise interprétation d’un enseignement vrai. Le sacrifice de soi est l’effacement de soi, il vient de l’oubli de soi. Si vous étudiez les gens dans votre entourage vous constaterez que ceux qui sont heureux le sont parce qu’ils ont moins le sentiment d’eux-mêmes. S’ils sont malheureux c’est parce qu’ils pensent trop à eux-mêmes. Une personne est plus supportable quand elle pense moins à elle-même, et une personne est insupportable quand elle pense sans cesse à elle-même.

Il y a beaucoup de misères dans la vie, mais la plus grande misère est d’avoir pitié de soi-même. Une telle personne est plus pesante qu’une pierre, pesante pour elle-même et pesante pour les autres. Les autres ne peuvent pas la supporter, elle-même ne sait pas se conduire. Quand ce disciple pensa à la vache, il n’eut aucune idée de lui-même. Il n’y avait personne d’autre que la vache. Ce n’est pas une chose facile à faire, de s’oublier soi-même à ce point. Si l’on y arrive, quel pouvoir merveilleux l’on a créé en soi-même ! C’est un grand mystère. Il donne pouvoir sur le paradis et l’enfer.

Omar Khayyâm dit dans son Rubayat :

Le paradis est la vision du désir accompli, l’enfer est l’ombre de l’âme en feu.

Où se trouve cette ombre ? Où est cette vision ? Ne sont-elles pas en nous ? C’est nous qui les maintenons. Par conséquent, le paradis et l’enfer sont ce que nous avons fait pour nous-mêmes, et si ce peut être changé, ce ne peut être changé par rien sinon par la concentration.

Le pouvoir créateur

Mais la concentration a encore un sens plus grand que celui-là. Le pouvoir créateur que l’homme possède et que l’homme tient par héritage de Dieu, ce pouvoir créateur commence à faire des prodiges.

Par exemple quelqu’un pense : « J’aimerais manger du poisson à dîner », et quand il arrive à la maison il constate que la ménagère a fait du poisson à dîner. Et quand il a pensé à une tarte aux pommes, quand il arrive à la maison il la trouve toute préparée. Tel est le phénomène de la concentration. Il peut ne pas le savoir, mais cela a opéré de cette manière : l’homme a pensé à ces plats, et sa pensée a frappé le mental de la ménagère, et celle-ci les lui a servis. Imaginez quel grand pouvoir c’est. On n’a pas besoin de penser à ses désirs. Le fait même d’avoir le désir est suffisant ; le concentration le réalise et le matérialise.

L’akasha

J’ai connu quelqu’un en Inde à qui beaucoup de gens s’adressaient. Parce qu’il ne voulait pas de publicité, il les traitait si froidement que beaucoup s’en allaient. Néanmoins, des gens venaient le voir, et un homme lui dit : « J’ai un procès au tribunal et je n’ai pas d’argent. Je suis en grande détresse. Je suis un homme pauvre ». Le sage dit : « Racontez-moi tout de votre cas ». L’homme lui en dit tout. Il y avait un crayon et du papier, et le sage écrivit : « Je ne vois aucun délit chez cette personne. Par conséquent, un non-lieu doit être prononcé ». Et puis, il dit : « Partez ».

L’homme fut surpris. Le sage n’avait dit aucune prière pour lui, il ne l’avait pas béni. Il s’était juste assis, avait écrit une phrase et lui avait dit de s’en aller. Quand cet homme alla au tribunal, à sa grande surprise il constata que le juge prononça les mots mêmes que le sage avait écrits. Ces mots avaient été écrits dans l’akasha, c’est à dire dans les sphères.

Les prodiges

Tel est le pouvoir de la concentration. Il y a beaucoup d’histoires qu’on raconte en Orient sur les fakirs, les derviches, les sages, les mahatmas. Bien des gens se demandent si elles sont toutes vraies, et si elles sont vraies comment ces choses peuvent être accomplies. Ils veulent des explications scientifiques. Ils disent : « Il y a quelque chose que la science n’a pas encore découvert, mais peut-être qu’un jour la science les découvrira ». Il est certain qu’autant de vrai il y a, autant de fausseté il y a aussi, car tout peut être imité. Il y a l’or et il y a l’or d’imitation, il y a l’argent et il y a l’argent d’imitation. Et ainsi il y a l’imitation de la vérité aussi. Dans tout ce qu’on voit de merveilleux et d’étonnant, tout n’est pas si merveilleux.

Et en même temps, il y a des choses qui sont plus étonnantes que l’on ne peut imaginer, et elles appartiennent toutes au pouvoir du mental. Et d’où cela vient-il ? De la source de toutes choses. C’est le pouvoir de Dieu. Même dans l’atteinte de l’union avec Dieu c’est la concentration qui aide.

La persévérance

Il y a l’histoire d’un jeune garçon qui fut envoyé à l’école. Le maître lui donna la première leçon qui était le chiffre 1. Dans une langue orientale on l’appelle alif et il représente à la fois le 1 et le A. Les autres élèves l’apprirent et beaucoup d’autres lettres en plus, mais ce garçon écrivit sans cesse la même lettre. Le maître le vit faire cela deux, trois jours. Le troisième jour il lui demanda : « As-t-u appris ta leçon ? Veux-tu que je te donne une autre lettre ? » Mais le garçon répondit : « Elle n’est pas encore finie ». Le maître fut contrarié et dit aux parents : « Cet enfant n’apprendra jamais. Enlevez-le, il est stupide. Il continue à écrire la même lettre depuis trois jours et refuse d’apprendre davantage ».

Les parents ramenèrent le garçon à la maison et furent très contrariés. Quand le gamin vit que ses parents étaient fâchés, un jour il s’échappa et s’enfuit. Il ne réapparut pas pendant très, très longtemps. Mais un jour il apparut dans la même école où il avait appris sa première leçon. Il dit au maître : « Me reconnaissez-vous ? Vous serez surpris d’apprendre que j’écris toujours cette même première leçon. Je n’ai pas encore eu la seconde leçon. A présent, je viens pour cela. J’ai appris la première. L’écrirai-je ? ». Il fit ce signe sur le mur et le mur se fendit. Le maître dit : « Pour l’amour de Dieu, ne l’écris-pas une seconde fois ! »

Le pouvoir de la concentration

Le sens de cela est qu’il avait contemplé cette forme et vu cette forme dans l’arbre, dans la plante ; dans la totalité de la nature il avait vu ce chiffre unique. Grâce à cela sa concentration était devenue parfaite et son pouvoir était devenu si grand qu’il n’y avait rien qu’il n’aurait pu faire. Il y en a très peu qui connaissent quel secret est caché derrière le pouvoir de concentration.

La contemplation

Venons-en maintenant à la contemplation qui est la seconde étape de la concentration. La contemplation est la répétition d’une certaine idée, et cette répétition produit la matérialisation de cette idée, elle matérialise l’idée. Ceux qui ont pu accomplir de grands travaux dans le monde ont été des gens contemplatifs. Souvent ils ne le savent pas. C’est la répétition d’une certaine idée qui crée l’idée, l’amène dans le monde physique. Par exemple, ceux qui peuvent contempler la santé peuvent créer cette parfaite santé qu’aucune médecine, rien d’autre ne peut donner. Ceux qui contemplent l’inspiration montreront une grande inspiration. Ceux qui contemplent la puissance et le pouvoir développent puissance et pouvoir. On ne peut pas arriver à ce stade à moins que l’on n’ait maîtrisé la concentration, parce que la concentration est la première étape, et l’on doit avancer graduellement jusqu’au stade de la contemplation.

L’idée de Coué, de dire : « Chaque jour à tous les points de vue je vais de mieux en mieux » est une chose qu’il a aujourd’hui découverte et qui a été connue des penseurs depuis des milliers d’années. Sur cela a été basée l’entière méthode du mysticisme. Mais il saute la première partie, car la contemplation est la seconde partie de la concentration ; on ne peut pas l’atteindre si le premier stade de concentration n’a pas été exécuté.

Le cœur de l’homme est plus vaste que l’univers

On pourrait demander jusqu’à quel point la contemplation peut être une aide. A cela je répondrai que rien au monde n’est impossible pour quelqu’un de contemplatif, si seulement il sait comment contempler. Certainement ce sera du charabia pour ceux qui ne comprennent pas ce sujet. Ils diront : « Quel rapport il y a-t-il entre le mental de l’homme et les affaires extérieures ? Peut-être peut-on se guérir soi-même de la maladie, mais s’il y a une affaire au-dehors qui va mal, une question d’argent ou d’affaires, quel rapport est-ce que cela a avec le mental ? »

Je répondrai que tout ce qui existe, que ce soit les affaires ou le commerce, tout ce qui est visible et invisible, tout ce qui paraît être au-dehors est au-dedans de vous, parce que le mental l’entoure. C’est logé dans votre mental. Le mental est un réceptacle du monde qui est au-dehors.

Un poète Hindoustani a écrit sur cela des paroles magnifiques. Il dit :

« La terre et les mers ne sont pas trop grands pour que le cœur de l’homme les contienne ».

En d’autres termes, le cœur de l’homme est plus vaste que l’univers ; s’il y avait mille univers, le cœur de l’homme pourrait les contenir. Mais l’homme, inconscient de son être interne, impressionné par ses limitations extérieures, reste sous l’impression de sa faiblesse, de sa limitation, de sa petitesse. Et cela l’empêche de faire usage de ce grand pouvoir qu’il peut trouver au-dedans de lui-même, de cette grande lumière grâce à laquelle il peut voir la vie plus clairement, et seulement parce qu’il est inconscient de lui-même.

La méditation

Le troisième stade est la méditation. Ce stade n’a rien à faire avec le mental. C’est l’expérience de la conscience. La méditation est plonger profondément, elle est prendre son essor vers les sphères supérieures, elle est : s’étendre plus largement que l’univers. C’est dans ces expériences que l’on atteint la béatitude de la méditation.

On pourrait demander : « En atteignant tout cela, quel bénéfice en retirons-nous ? » Les gens sont plus préoccupés de bénéfices que jamais auparavant. A aucune époque les gens n’ont été aussi anxieux d’obtenir un profit qu’aujourd’hui. Ils disent : « Le temps c’est de l’argent. S’il y a un profit, je donnerai ma vie pour défendre un morceau de terre. C’est un bénéfice tangible ; cela restera en possession de mes enfants, ils pourront le toucher, sentir que c’est là ». Ils donneront leur vie pour cela. Parlez-leur d’un bénéfice et ils écouteront. Mais si c’est dans les nuages ils n’en voudront rien savoir. Le temps est précieux ; en quelque chose qu’ils ne connaissent pas, ils ne peuvent pas croire.

L’appât du gain

Cela ne veut pas dire que l’homme aujourd’hui n’est pas enclin au sacrifice. Il n’en est pas ainsi. Il est aussi prêt à faire un sacrifice qu’il y a mille ans. Et il peut même faire un plus grand sacrifice aujourd’hui. Seulement il n’est pas certain de ce qu’il peut y gagner. Il est si préoccupé du gain qu’il a toujours le gain en vue. Quand quelque chose ne montre pas un gain immédiat et quand il ne sait pas vraiment ce que c’est, il pense : « Eh bien peut-être cela sera-t-il quelque chose que je peux obtenir sans sacrifice ».

C’est étrange. Car quand les gens vont voir un professeur de chant pour développer leur voix, ils travaillent six ou neuf ans et écoutent tout ce que dit le professeur. Ils feront des grimaces, toutes sortes de bruits pour développer leur voix. Mais quand ils vont voir un instructeur spirituel ils lui demandent de parler de concentration devant une tasse de thé. En prenant leur thé ils demandent : « Qu’est-ce que c’est que la méditation ? » En une phrase ils veulent une réponse. Pendant mes voyages de toutes ces années, j’ai vu cela.

La connaissance du soi

Mais ce n’est pas atteint de cette façon. Cette connaissance est acquise à cause de l’idéal qu’elle représente pour vous. Elle est plus grande que la religion, plus sacrée que tout au monde. La connaissance du soi est comme l’union avec Dieu. La réalisation du soi est la réalisation spirituelle. Cela peut-il être atteint par une conception superficielle ? C’est la chose la plus profonde, la plus élevée que l’on puisse atteindre, la chose de la plus grande valeur que l’on puisse toucher. Par conséquent, en Orient, quelqu’un ne cherche pas ces choses dans un livre et un vrai maître n’écrit pas de livre sur ces choses. Il écrira sur la philosophie, il préparera les esprits à apprécier ces choses, mais il ne dira pas comment les obtenir.

A ma grande surprise, en voyageant aux Etats-Unis, j’ai vu des gens chercher des livres de cette sorte, essayant d’acheter des livres sur le Yoga, les Yogis, la réalisation spirituelle. Certains ont perdu l’esprit en lisant de tels livres. Ils ne peuvent pas garder leur équilibre en essayant de faire ce qu’il y a dans le livre. C’est comme s’ils allaient demander à la pharmacie des pilules de yoga pour atteindre la spiritualité. Il y en a aussi beaucoup qui regardent un miroir pour devenir clairvoyants, qui fixent un cristal pour sonder la profondeur de la vie. Ils prennent légèrement quelque chose qui est ce qu’il y a de plus haut, de meilleur et de plus sacré.

La foi

Ce chemin n’est suivi que par ceux qui sont sérieux. Ceux qui vont à telle société, à cet institut ou à cet autre ou à un groupement occulte, ne savent pas ce qu’ils font et ce qu’ils cherchent. La connaissance supérieure ne peut pas s’acquérir en allant à vingt endroits et en étant à la fin déçu parce qu’on s’est engagé avec légèreté.

Il y a l’histoire d’un Brahmine à qui un Musulman dit : « Je suis un adorateur de Dieu qui est sans forme, et vous êtes là, à prier cette idole d’un dieu ! » Le Brahmine dit : « Si j’ai foi en cette idole elle me répondra, mais si vous n’avez pas la foi, même Dieu dans les Cieux ne vous entendra pas ». Si nous ne nous attachons pas sérieusement aux choses ; alors ces choses riront de nous ; si nous les prenons avec sérieux, nous atteindrons des résultats sérieux.

La réalisation spirituelle

Il ne peut rien avoir de plus sérieux que la réalisation spirituelle. Si une personne la prend avec légèreté, elle ne sait pas ce qu’elle fait. On ne doit pas du tout s’engager dans ces choses pour revenir les mains vides. Revenir déçu du chemin spirituel avant d’avoir atteint le but final, tourner bride, est la pire chose qui soit. Faire faillite n’a pas d’importance, on peut récupérer ce qu’on a perdu dans le monde. Cela ne fait rien. Mais celui qui est allé dans le chemin spirituel et a tourné le dos, celui-là est à plaindre. C’est la plus grande perte, une perte qui ne peut jamais être réparée.


Detroit, 8 février 1926,

Publié dans Psychologie – l’aire du mental – L’expansion de consciencecahier n°3 – chapitre 13