Les particularités des grands maîtres de l’humanité

Unité des idéaux spirituels

Nous allons aborder certaines particularités de grands maîtres de l’humanité.

Rama

La vie de Rama a été lue par les Hindous depuis des milliers d’années et ils n’en sont jamais fatigués. Chaque fois qu’ils entendent l’histoire de Rama ils se sentent élevés au-dessus d’eux-mêmes et ils en retirent un bénéfice.

En tant que jeune prince, Rama eut une éducation de nature éthique et spirituelle sous la conduite de Vashista, le grand maître spirituel de ce temps. Ainsi, pour commencer, il bénéficia dans sa vie de cette grande influence. Sous l’influence de Vashista, Rama grandit jusqu’à devenir un jeune homme idéal.

Il y eut une cérémonie arrangée pour Sita, une jeune fille dont tous les maharadjahs de tous les endroits du pays demandaient la main. Rama y vint, et l’histoire raconte que tous les princes, tous les maharadjahs étaient somptueusement habillés et parés de bijoux excepté Rama, car il arrivait directement de son école dans la forêt où il vivait une vie champêtre. Mais malgré tout, Rama gagna. Ce fut Rama qui fit résonner la note juste dans le cœur de Sita.

Puis, comme son père avait fait le vœu que Rama irait dans la forêt et vivrait une vie ascétique, une vie de pensée, avant qu’il ne soit digne de gouverner le pays, il y fut renvoyé pour douze ans, et Sita vint avec lui. Ravana, le prince qui était le plus hostile aux fiançailles de Rama avec Sita, suivit aussi Rama dans la forêt et saisit l’occasion qui se présenta alors que Rama était allé chercher quelques fruits et de l’eau et que Sita était restée seule. Ravana enleva Sita malgré elle et s’enfuit avec elle.

La recherche de Sita

Et cela fut une nouvelle épreuve. La première épreuve pour un prince fut d’être hors de son pays et la seconde fut d’avoir perdu tout ce qu’il avait, son épouse. Et c’est là que sa vie montra l’équilibre. Au lieu d’être désespéré, découragé, au lieu d’abandonner l’espoir, il eut foi en l’amour qu’elle avait pour lui, il eut confiance en la Providence. Il alla à sa recherche. Et à la fin on la trouva captive dans le jardin du palais de Ravana et on la délivra.

L’histoire raconte aussi qu’il accepta l’aide de Hanuman, le roi des singes. Cela nous donne une clé concernant la science de la biologie. Ce n’était pas un singe. On dit que c’était un singe, parce qu’on n’avait pas trouvé le « chaînon manquant ». C’était une nouvelle race qui sortait tout juste du règne animal, une race qui devait se développer, une race très primitive montrant beaucoup des traits de l’animal.

Cela indique aussi que pour accomplir une chose d’ordre terrestre ou pour faire la guerre à un roi terrestre, Rama dut chercher une aide terrestre. Il n’invita pas alors des hommes de sens rassis pour venir l’aider. Ils ne l’auraient pas aidé. Ils auraient dit : « Ayez courage, soyez intelligent, prenez patience, calmez-vous, détendez-vous, retrouvez votre bon sens. Elle n’est pas là. Faites-vous une raison. Il est impossible de la retrouver. Vous n’êtes pas un prince ici, vous êtes dans la forêt, vous êtes seul. Le roi Ravana l’a prise, elle ne serait pas partie si elle n’avait pas été consentante ». Toutes sortes de raisons que les gens avisés lui auraient opposées, mais le peuple primitif était prêt à donner sa vie, si on devait en venir là, pour servir l’âme spirituelle.

L’âme spirituelle

Cela montre que les esprits primitifs peuvent percevoir plus facilement l’âme spirituelle, plus promptement que les soi-disant intelligents. Ils sympathisèrent avec lui. Personne d’autre ne vint que les gens sauvages de la forêt. Cela montre aussi la sagesse de Rama, capable de contrôler ce groupe de gens qui avaient l’habitude les uns d’aller à l’est, d’autres au sud, l’un rampant, l’autre marchant, un autre courant, un autre sautant. Tel était leur état d’esprit. Contrôler une armée de cette sorte d’individus et remporter le succès dans une guerre contre un roi, montre à nouveau le grand équilibre de Rama. Comme il avait confiance dans le fait que Sita était pour lui, qu’elle était son épouse, il combattit et la ramena dans son pays.

Une partie très intéressante de l’histoire est qu’ils revinrent en aéroplane. Rama et Sita revinrent en aéroplane. Les singes durent sauter, mais Rama avait un aéroplane. Combien peu nous connaissons de cette époque ! Combien de civilisations apparurent, et combien de civilisations s’effondrèrent ! Nous ne les connaissons pas. Jusqu’où en arrière pouvons-nous suivre l’histoire du monde ? Et qui peut nier qu’il y eut jadis une plus grande évolution, plus merveilleuse même que celle que nous voyons aujourd’hui, en chaque aspect de la vie : art, science, mécanique ? Il y a des exemples qu’on peut trouver dans le Mahabharata, la tradition ancienne qui a été transmise depuis de millénaires, que Rama revint en viman. Viman signifie aéroplane.

L’équilibre dans l’action

Quand Rama revint après cette épreuve terrible, après ce test, il put gouverner son pays de façon idéale. La vie de Rama représente l’équilibre. Et des qualités telles que le courage, l’espoir, la confiance, la foi, tout cela vient de l’équilibre.

Mais on pourrait dire que cette histoire ne nous dit rien de spirituel. Elle raconte seulement que Rama perdit sa femme, qu’il réagit, batailla et la ramena, et puis il devint roi. Il n’y eut que bonheur, peu de difficultés, tout alla bien. Mais je dirai que la spiritualité n’est pas dans des paroles. La spiritualité est dans l’action. Rama agit, et prouva le pouvoir de la spiritualité.

Krishna

La particularité de Krishna est encore plus merveilleuse. Vous avez entendu, dans des récits concernant Krishna, qu’il dansait parmi les Gôpis, les filles de ferme et qu’il les taquinait, jouant comme un garçon le fait, à Brindabhan. Je penserai volontiers que c’est la chose la plus merveilleuse qui puisse exister. Ce n’était pas un jeune garçon triste, sérieux, abattu, déprimé. Il était la vie même, il était né avec la vie, comme une âme destinée à s’épandre à travers tout l’univers. Il vint avec cette vie et attira tous ceux qui vivaient dans le pays, même dans son enfance.

Sans doute, les histoires qu’on raconte sur Krishna sont symboliques. Il n’était pas si mauvais sujet qu’on pourrait le croire d’après ces histoires. Par exemple la tradition rapporte – et les Hindous l’écoutent avec le plus grand respect – que Krishna volait du beurre. Krishna ne volait pas de beurre. Le beurre est l’essence du lait, et la sagesse est l’essence de la vie. La sagesse, par conséquent, est comparée au beurre. Son vol de beurre était de baratter l’expérience de la vie et d’en prendre l’essence. Mais imaginez que ce n’était pas seulement symbolique, que peut-être c’était vrai. Si vous saviez ce que c’est dans un village de paysans de voler un peu de beurre ! C’est une grande joie. Ce n’est pas comme d’aller dans une boutique et de voler un bidon de beurre. Juste un petit peu de beurre qu’on vole, quelle joie !

La Bhagavad Gîtâ

Et puis la plus grande épreuve que la vie puisse infliger à tout prophète fut infligée à Krishna. Parce qu’il était prophète, l’homme de Dieu, il avait à donner la philosophie de l’amour, de la bonté, de la non-agressivité. Et il dut faire face à une situation où il dut aider un prince, Arjuna, dont le royaume avait été usurpé. C’est la situation la plus difficile pour un prophète que d’avoir à soutenir quelqu’un qui doit combattre, et d’être pourtant destiné à donner le Message de Dieu. C’est être déchiré entre deux côtés.

Et quelle merveille qu’il s’en soit tiré en donnant la Bhagavad Gîtâ, où du commencement à la fin vous pouvez toucher chaque aspect de la sagesse ! Il y a la bonté, il y a la bravoure, il y a le courage, il y a la sagesse, il y a l’intellect, il y a la philosophie, il y a le mysticisme, il y a tout. En un seul livre il a donné la complète philosophie de la vie du commencement à la fin. Plus on lit la Bhagavad Gîtâ, plus on trouve la vérité de cette expression anglaise : « mis dans une coquille de noix ». La complète philosophie de la vie est mise sous la forme la plus concise.

Gagner le royaume divin

On pourrait demander : « Qu’est-ce qu’une aussi grande âme avait à faire à prendre position pour un prince ? Quelle importance que son royaume lui revînt ou ne lui revînt pas ? ». Si nous considérons cela d’un point de vue psychologique, le royaume est le Royaume divin. Et il est perdu pour tout homme quand l’âme arrive dans cette manifestation. Pour gagner ce Royaume divin il lui faut apprendre non seulement les choses spirituelles, mais la manière de faire la guerre, comment lutter et persévérer dans le chemin de la vérité. Krishna donna au monde l’exemple qu’on peut être la personne la plus sage et pourtant posséder toutes les capacités qu’un roi, un général, un juge ou un homme d’état peuvent avoir. C’est montrer la perfection de tous les côtés.

Shiva

La particularité de Shiva est d’avoir montré un exemple de Vairâgya. Les gens croient bien souvent que Vairâgya veut dire ascétisme, mais il n’en est pas ainsi. L’ascétisme est une interprétation grossière du Vairâgya. Le mot vient de tyaga en sanskrit, qui veut dire renoncer. Et quand on dit Vairâgya cela veut dire succès dans le renoncement.

Shiva montra cela dans sa vie. Pendant des années il pratiqua la méditation. Il resta debout pendant des heures et des jours, il jeûna pendant des jours et des mois. Toutes choses que l’on peut faire pour maîtriser la matière et la vie, il les fit.

Quand on entend la philosophie de Shiva, ce n’est que tyaga : « abandonnez ». C’est l’indifférence, l’indépendance vis-à-vis de toutes choses, de la nourriture, de l’eau, de l’air, de la respiration, du ciel : « Renoncez-y, renoncez-y ».

La science du Yoga

Ne vous étonnez pas qu’il ait donné le meilleur de sa philosophie à sa compagne, Parvati. Elle lui posait des questions et il lui répondait avec bonté. Au milieu de tout son ascétisme il ne promulgua aucune philosophie, il la vécut. Ainsi, il donna cette philosophie par sa vie en étant un exemple. Il y avait seulement quelques moments où il ouvrait la bouche, et Parvati inscrivit la philosophie qu’il donna. Il y a toujours un dialogue entre Mahadeva et Parvati. Cela montre l’équilibre. Il était ascète, mais il ne méprisait pas tout ce qui est bon et beau. Il n’ignorait pas toute la dévotion qui lui était offerte.

En donnant à Parvati la science du Yoga il l’avertit de ne jamais donner cette science à celui qui est infidèle. « Donne-là à ceux qui sont simples, donne-la à ceux qui sont purs, donne-la aux êtres bons chaque fois que c’est possible. Mais ne la donne jamais à ceux qui sont infidèles. Quand dans un chela il n’y a pas la bonne attitude envers le gourou, ce chela ne doit pas avoir le secret de la vie, il ne le mérite pas ». On pourrait penser : « Quelle importance cela a-t-il pour un homme qui a renoncé à tout, que le chela soit fidèle ou infidèle ? » Mais il savait que ce que le chela recevait en toute fidélité lui ferait du bien, mais ce qu’il volerait par le fait qu’il était infidèle le brûlerait. C’était pour le bien du chela.

Bouddha

Venons-en à la particularité de Bouddha. Bouddha montra une haute raison, il commença par la raison. Ses parents l’avaient gardé reclus au palais jusqu’à ce qu’il soit adulte. Et ils ne lui avaient jamais permis de voir les misères de la vie. Il était complètement étranger à la vie dans le monde. Il ne connaissait que ses serviteurs et les conforts royaux dont il jouissait au palais. Puis vint le jour où son père dit : « Maintenant il doit sortir. Combien de temps le tiendrons-nous encore en captivité ? »

Le premier jour où il sortit, il regarda autour de lui et dit : « Quel est cet homme ? » L’on répondit : « C’est un aveugle. Il ne peut pas voir » – « Et quel est celui-là ? » – « C’est un homme frappé de pauvreté, il n’a pas d’argent. Et cette femme a une nombreuse famille dont elle doit s’occuper ; c’est une lourde responsabilité. Pour cette autre personne, c’est la vieillesse avec ses épreuves. Ceux-là sont des héros qui combattirent. Ils sont devenus invalides, et pour leur vie entière ils sont dans cette situation ». Il les regarda tous et demanda : « N’y a-t-il aucun remède pour eux ? » On répondit : « Il y en a, mais ils sont limités ».

Soulager l’humanité

Ce fut sa première expérience de la vie, et elle lui donna un choc. Par ce choc, son âme s’éveilla et il se mit à penser : « Comment pourraient-ils être soulagés de toutes ces diverses sortes de misères ? ». La vie entière du Bouddha fut consacrée à trouver le remède capable de soulager l’humanité. Il médita, il examina les choses à fond, il réfléchit aux divers aspects de la vie. Il parla aux gens, les consola, les servit. Chaque moment de la vie de Bouddha fût consacré à chercher le remède destiné à soulager l’humanité, de quelque manière que ce fût.

A la poursuite de ce soulagement, il trouva le même mystère que tous les grands prophètes et les grandes âmes découvrirent. Ce mystère était la réalisation de soi. Toute religion ou méditation, philosophie ou sagesse menaient à cet unique objectif : la réalisation de soi. Cela et rien d’autre n’était le remède à toutes les souffrances. Après quoi le Bouddha dut renoncer au confort et aux bonheurs que Dieu lui avait accordés, et il eut à partir comme un médecin de l’âme pour consoler l’humanité. Toute sa vie y fut consacrée. Ceux qui furent inspirés par le regard, par les paroles, par la présence, par l’atmosphère du Maître les répandirent plus loin, jusqu’à ce que cela devienne le Message du monde. Aujourd’hui, la moitié du monde en tire bénéfice, et le monde entier en tire bénéfice indirectement.

Shankarasharya

Shankarasharya fut le dernier prophète de l’Inde, le prophète Hindou qui n’était pas réellement le Prophète, mais le représentant de Rama, Krishna, Shiva et Bouddha. Il rassembla en lui leurs quatre aspects différents de sagesse, parce que c’était de moment d’en donner le Message à son pays. Il mêla les quatre aspects, et de cela sortit le Brahmanisme-Advaïtisme. Le Bouddhisme était parti de l’Inde et il est resté en Chine et au Japon.

Quand il revint en Inde il enrichit le Brahmanisme, car il était méconnu par les sectateurs de Rama et de Krishna. Mais les fidèles de ce Brahmanisme demeurèrent les admirateurs des divers prophètes, comme ceux qui y adhérèrent. Ils eurent amour et dévotion pour eux tous, ils les considérèrent tous comme avatars, la même Âme, le même Esprit, l’Esprit de Guidance. C’est de cette manière que l’essence de ces quatre Messages fut donnée au Brahmanisme.

Unité des idéaux spirituels

Abraham

Abraham est considéré par les êtres pieux comme le père de trois grandes religions : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. L’Ancien Testament demeure comme la colonne vertébrale à l’intérieur du Nouveau Testament. Le Coran est l’interprétation de la religion Hébraïque, et la religion Hébraïque continue le Message qui fut d’abord donné à Abraham. Dans ces trois religions, par conséquent, il y a l’influence de ce grand Maître dont le monde connaît si peu de choses.

Son initiation eut lieu dans l’antique école d’Egypte, et en revenant d’Egypte après son initiation, il perçut intuitivement l’endroit où son Message devait atteindre son apogée et devenir un Message Mondial. A cet endroit il mit une pierre. On appela cette pierre la Pierre de la Ka’ba, une pierre qui pendant des centaines d’années attira des millions de gens. On y vient pour lui rendre hommage et visiter l’endroit avec respect et vénération. Parce que cette génération a beaucoup à apprendre des traditions du passé, il n’est pas sage de négliger quelque chose qui a été la fondation de la religion.

La plus grande mission d’Abraham fut d’écarter de la religion les superstitions et la religion de plusieurs dieux. La mission d’Abraham fut d’ôter de l’esprit des gens l’idée de nombreux dieux et d’établir dans leur esprit l’idée de l’Être Infini. Abraham fut ce grand prophète et en même temps un maître d’ésotérisme, un grand initiateur et un mystique. Il y a beaucoup à apprendre concernant le domaine du mysticisme dans la religion d’Abraham.

Le sacrifice

L’histoire du sacrifice d’Abraham raconte, dans sa psychologie, un principe soufi. Les Soufis des écoles anciennes, qui existent aujourd’hui en différents endroits d’Asie, font remonter leur origine au temps d’Abraham, ce qui relie l’école soufie avec l’ancienne école d’Egypte. L’histoire raconte que Dieu demanda à Abraham, pour éprouver sa dévotion, de donner son fils en sacrifice à Dieu. Il obéit et amena son fils auprès de l’autel. Et alors – dit-on – quand il leva son instrument, il s’aperçut qu’au lieu de son fils il y avait un bélier et que le fils se tenait à l’écart. Abraham rendit grâce à Dieu de sa grande miséricorde, et de ce fait réussit l’épreuve.

Aujourd’hui, cette histoire choquera beaucoup de gens. Ils diront « Pourquoi Dieu a-t-il infligé une épreuve aussi cruelle à Son Prophète, à Son Messager, à celui qui travaillait pour l’humanité ? Pourquoi le mettre à l’épreuve de façon aussi terrible ? Et quel plaisir Dieu aurait-il pu avoir de la mort de ce fils bien-aimé ? »

Mais il y a une autre manière de considérer cela. En dehors du fait de donner tout ce que l’on a, même un fils, dans le chemin de Dieu, est-ce que les mères et les pères n’ont pas donné leur fils aimé sur le champ de bataille ? Les épouses, les mères et les sœurs, quelle souffrance fut la leur, et pourtant il n’y avait rien d’autre à faire. Quand le moment vint et que l’occasion demanda ce sacrifice, elles eurent à le faire. Si la vie demande un tel sacrifice, ce n’est pas déplacé pour un prophète d’accomplir un grand sacrifice. Ce n’est pas surprenant que, à celui qui apporte le Message de Dieu, qui enseigne et montre le chemin de Dieu, un grand sacrifice lui soit demandé.

L’annihilation du faux ego

Mais l’histoire est une chose et le symbolisme en est une autre. On appelle la partie animale de l’homme nafs, qui est le faux ego. La partie humaine, on l’appelle ruh, et elle appartient aux sphères plus élevées. L’homme a deux aspects. Il est composé de ce qu’il a emprunté à la terre et de ce qu’il a reçu du Ciel. Ce qui en lui appartient au Ciel le rend humain. Ce qu’il a de la terre est la part animale en lui. Et ce qui était demandé à Abraham était d’annihiler le nafs de son fils pour le préparer au service de Dieu.

Personne ne peut pleinement servir Dieu à moins que cette partie appelée nafs, cette partie animale, ne soit écrasée. Par conséquent, ce sacrifice est un symbole, un symbole qui exprime l’objet principal de l’idéal Soufi qu’on appelle fana. Fana veut dire annihilation, l’annihilation du faux ego. Cette histoire est une leçon pour chaque âme. Après que l’homme ait annihilé son propre faux moi, ceux qui lui sont dévoués se mettent sous sa direction pour annihiler cette part en eux, afin que la vie réelle puisse se manifester pleinement.

Moïse

Le Message de Moïse fut de la plus grande importance, spécialement à la période où il fut donné. Les gens étaient très éloignés de l’ordre et de la paix. Régnaient l’avarice, l’avidité, il y avait fausseté et tricherie, et l’un tuait l’autre pour la moindre querelle. Ce qui était le plus nécessaire à ce moment n’était pas seulement une forme d’adoration ou un message de sagesse, mais la loi divine. La chose la plus difficile était de faire que les gens respectent la loi. Si cela n’avait pas été grâce au Message d’un prophète, cela n’aurait pas été facile de faire connaître la loi.

La loi de Moïse a été à l’arrière-plan des diverses civilisations. Leurs lois furent faites sur la loi de Moïse. La norme de ce qui est juste fut construite sur le Message que donna Moïse. Aujourd’hui, il y a une tendance qui consiste à dire que la loi est la loi mais que la bonté est différente. Mais il doit y avoir une loi. S’il n’y avait que la bonté, où irait le monde ? Nous ne pouvons pas seulement vivre d’eau, nous avons aussi besoin de nourriture. La bonté ne peut pas suffire au besoin, la loi est nécessaire. Le monde étant ce qu’il est, les gens seraient bien contents de ne pas avoir de loi. Mais quelle différence il y a entre la loi que donne un prophète et la loi que l’homme fait !

La loi

En Amérique, depuis qu’on a fait une loi pour que les gens ne boivent pas, on dit que les gens n’ont jamais bu autant. Pourquoi vont-ils contre la loi ? Parce qu’elle est venue d’un papier, un papier la leur a donné, non pas un prophète. C’est la différence entre une loi morte et une loi vivante. La loi vivante vient d’en-haut et elle est donnée à travers les lèvres du prophète. La loi morte vient d’un papier, les gens la regardent et ferment le livre et s’en vont faire ce qui leur plaît. Ils ne s’en soucient pas.

Mohammed dit à son peuple : « Ne touchez jamais aucune liqueur ! » Depuis des siècles ils ont obéi, et ceux qui veulent prendre un verre se cachent. Ils ne veulent pas donner un exemple aux autres. Le lendemain ils le regrettent et ils en sont honteux. Ils ne disent pas : « Nous nous moquons de la loi que le Prophète a donnée ». Ils disent : « Nous regrettons ». Peut-être continueront-ils à boire toute leur vie, mais jamais ils n’auront l’impudence de dire : « Qu’est-ce que cela peut me faire ? Qu’ils gardent leur loi dans les tribunaux ! » C’est la loi sacrée, et ils la considèrent comme sacrée.

Suresnes, 22 et 29 Juin 1926

Publié dans L’unité des idéaux spirituels première partie – Prophètes et religions – cahier n°4 – chapitre 2